Philippe-Alexandre Pouille
February 2009
La physique, qui fut la science de la nature, a restreint pendant l’époque
moderne son domaine d’étude aux phénomènes pouvant être formalisés dans le
langage des Mathématiques. La Biologie comme science distincte apparut, en
affirmant d’abord l’irréductibilité de son objet, le vivant, aux lois de la
Physique. Mais après la démonstration expérimentale de l’absence de génération
spontanée par Pasteur, le dernier argument pour un principe vitaliste fut battu en
brèche par la découverte de la molécule porteuse de l’information génétique et
expliquant le mécanisme de la transmission héréditaire. La Biologie poursuit
depuis son entreprise réductionniste, fouillant toujours plus le détail des
processus biochimiques et biophysiques, en un retour ironique au principe
cartésien qu’elle avait d’abord rejeté.
Et pourtant, en observant le développement d’un embryon, comme celui
de Drosophila Melanogaster qui sera l’objet d’étude de cette thèse, peut-on
échapper à l’évidence sensible d’un sujet engendré qui, de lui-même, prend
forme, celle d’une mouche à vinaigre ? Certains répondront que le code
génétique est l’unique cause et que les principes sont physico-chimiques, que
l’être de cette mouche est son génome qui la définit substantiellement. Je ne
démontrerai pas le contraire, mais suggèrerai l’insuffisance méthodologique de
ce paradigme.
Pour ce faire, je débuterai en appliquant le principe réductionniste sous
l’angle de la biomécanique. Je décrirai un processus fondamental et quasi
universel de l’embryogenèse, la gastrulation, d’un point de vue purement
physique. Je dégagerai de l’analyse une structure élémentaire à laquelle
s’applique des contraintes mécaniques, et en proposerai un modèle
mathématique simple. Puis, restreignant l’étude à un seul aspect de la
gastrulation, je construirai une modélisation biomécanique de l’embryon. Sa
simulation numérique révèlera qu’un unique processus actif d’origine
biochimique suffit à reproduire en détail le phénotype réel observé, tant que la
structure spatiale de l’embryon est prise en compte.
Ce n’est qu’alors que je m’intéresserai aux expressions génétiques et aux
voies de signalisation biochimiques décrites dans la littérature, qui contrôlent
l’invagination ventrale lors de la gastrulation de l’embryon de Drosophile, pour
dévoiler dans ce modèle explicatif une contradiction interne. Je proposerai une
boucle de rétroaction positive de l’état mécanique du système sur le contrôle
biochimique qui lève la contradiction et décrirai les expériences menées pour
mettre à l’épreuve sa validité. J’implémenterai pour finir ce nouveau module de
contrôle dans une simulation systémique de l’invagination ventrale, avant de
conclure.
![]() PDF file |
| Type | PhdThesis |
| Institution | Université Paris VII - Denis Diderot |